Quand j'ai saboté la serrure du cimetière du village pour obliger les pompes funèbres à aller au nouveau cimetière où il y a de la place, il me semble que les flics s'y sont planqués un soir pour me choper en flagrant délit. En voulant le refaire une deuxième fois parce qu'ils ont changé la serrure et enterré le mort comme d'habitude, j'ai vu quelque chose bouger en passant devant et c'était humain et ils étaient plusieurs.
J'ai pensé la deuxième fois à la petite boite quand j'avais 12 ans. Un matin, je suis réveillée avec une grosse oppression dans la poitrine, j'ai couru à la fenêtre pour respirer tellement je me sentais étouffer. La première fois, c'était par une chanson vietnamienne, qui parlait de l'enterrement d'un soldat et une phrase parlait du bruit de clous qu'on plante dans le couvercle pour le sceller. J'ai ensuite dessiné des cimetières et Madame Le Groignec était choquée parce qu'elle trouvait ça morbide.
A mon avis, vu que j'ai sensibilisé le monde entier sur la question, n'importe qui peut aller au cimetière et dire non, personne n'a besoin de moi pour faire ça. Etant donné que tout le monde est à peu près d'accord avec le principe, ils ne vont pas envoyer l'armée. En 2009, la mairie de Montigny a été surprise parce que c'est hard d'entendre parler de ça, la première fois, même les infirmiers et les médecins n'étaient pas à l'aise. Le médecin qui m'a reçue à Eaubonne est sorti de la pièce au moins trois fois dans la soirée tellement il était mal.
Mais si la police est d'accord sans l'être, personne ne pourra faire la révolution funéraire parce que pour avoir la force de conviction qu'il faut pour dire non au maire et à la police, il faut ressentir l'urgence et on ne peut ressentir l'urgence que quand on est complètement dedans. C'est pour ça que je voudrais préparer une xs. Et Petit Bout de Lee sera pour une xs dont le départ sera déjà connu d'avance pour m'éviter de me sentir injustement responsable.
En 2009, j'étais pas mal dedans. Les ouvriers étaient d'accord avec moi mais ils disaient qu'ils ne pouvaient pas ne pas faire leur travail, ils ont appelé les pompes funèbres qui avaient déjà appelé la mairie. Mais la famille n'en était pas du tout à dire non eux-mêmes et la mairie a pété un câble, je n'ai vraiment rien fait de mal. J'ai juste parlé aux gens. Avec force et conviction mais je n'ai troublé aucun ordre public, faut pas déconner non plus, merde.
Mais c'est vrai que c'est très dûr la première fois. Je n'ai pas été capable d'en parler quand ils ont marché soit disant pour un jeune mort en moto (le jour où j'ai appelé à manifester devant la mairie). On est comme projetés devant un grand vide, le vide qu'on a toujours voulu fuir. Cela donne le vertige.
23 juil. 2014
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